Quand l’église devient la bête noire du pouvoir de Kinshasa.

cathedrale notre dame de paix de Bukavu, Sud Kivu, RDC

Textes compilés par Jean-Fraterne Ruyange

Dans son texte, Fraterne nous présente le synopsis du film retraçant la galère de la Majorité Présidentielle face à l’évêque protestant :

En « guerre déclarée » contre l’Église catholique, les politiques de la RDC se sont réfugiés chez les protestants pour honorer la mémoire des héros nationaux Laurent-Desiré Kabila et Patrice-Emery Lumumba. Par surprise, ici aussi l’orage a frappé. Les cieux se sont assombris pour la famille politique de Kabila, comme si la trajectoire d’un ouragan qui ne cherchait qu’à s’abattre sur elle était à ses trousses.

En trébuchant sur Mosengwo, la Kabilie est tombé sur un EKOFO faisant de son homélie en une excellente leçon de patriotisme. Avec des mots clairs et sans détours, telles des claques pour remettre les neurones de la classe politique en place, l’évêque protestant a donné un contenu magistral à l’adjectif « médiocre ».

Cette vérité sortie nue du puits était de nature à mettre à plat les batteries de la MP. Après la défaillance de l’opposition et des mouvement citoyens, la révolution tant attendue en RDC viendra-t-elle finalement de l’église ?

La révolution viendra t-elle de l’Église? s’interroge Innocent Buchu.

L’attachement de l’Église au Peuple congolais est visiblement une réalité souhaitée. un besoin, une illumination, un trajectoire de la lumière vers un pays plus beau qu’avant. Les beaux et longs discours des politiciens sont obsolètes. Même sans microscope on sait reconnaître que le peuple n’a plus confiance en eux. C’est normal, lentement, péniblement le peuple a tout compris.

Ils ont signé l’accord et n’ont pas eu le temps ni le courage de l’expliquer au peuple. Les politiques ont faillis à leur mission, les mouvements citoyens sont aussi abattus. Ils dispersent leur énergie dans des luttes aux buts partagés pour finir en « bagatelles ». La situation politique de la RDC inquiète jusqu’à réveiller même les plus mous et le plus dociles. « Seul qui ne vit pas au Congo peut se taire »! L’Église vient ménager le village à fin d’être au milieu comme il se doit.

Toutes ces phrases qui tourmentent la quiétude du pouvoir étaient imprévisibles surtout venant de la part de l’ECC. C’est en tremblant que les membres de la MP présents dans la messe ont reçu la parole édifiante du Monseigneur EKOFO. C’est un combat, une lutte pour la lumière et la vérité. Un bon exemple de la non violence, il ne suffit pas de le dire mais de le vivre.

La constitution, l’accord, la Bible c’est pareil! On ne libère pas un peuple, le peuple se libère !

De sa part, Blaise Ndola n’appuie pas cette confusion qui vient s’imposer entre « foi » et « positionnement politique » :

Je voudrais plutôt appeler ici à dissocier la « foi » des couleurs politiques ou bien le positionnement politique au pays actuellement. Il est évident que le comité de coordination des Laïcs, une institution reconnue au sein de l’Archidiocèse de Kinshasa, était la première institution à caractère religieuse à se lancer ouvertement sur ce terrain au travers de l’opération « Trompette de Jéricho » lancée en collaboration avec certains mouvements citoyens. Toute l’église catholique, à travers ses différentes diocèses et paroisses, n’avait pas suivi ce mot d’ordre. Je me rappelle même des propos du Monseigneur Marcel UTEMBI, président de la CENCO et Archevêque de Kisangani, qui avait dit que les réalités se diffèrent pour chaque diocèse et que chez lui à Kisangani les cloches n’allait pas sonner.

Dire ici que le positionnement par rapport à la situation politique actuelle du pays était liée à l’appartenance à une quelconque foi ne serait pas logique. Tous les catholiques n’ont pas la même position quant à ce. Récemment, le Monseigneur Jean-François EKOFO, lors de la messe en mémoire des héros nationaux a aussi pris position en dénonçant même l’inexistence de l’État au Congo.

Dans son camp, appelé le camp des protestants, il est aussi loin de faire l’unanimité. Certains pasteurs des églises dits « de réveil » continuent d’apporter leur soutien indéfectible aux actuels autorités du pays. Il ne serait pas donc question de « foi » mais plutôt une question de perception personnelle de la situation. Sans oublier que les dits responsables des églises qui prennent position, influencent plus d’un de leurs fidèles.

Chez les catholiques comme chez les protestants, les propos des leaders religieux ne sont pas encore unanimes. Aussi, les deux grands regroupements religieux majoritaires au pays ne sont pas les seuls. D’autres regroupements religieux jusqu’à preuve du contraire soutiendraient encore le régime en place.

Dans son texte, Bienfait Akilimali, quant à lui, trouve la voie de sortie dans ce virage de l’activisme du civil à l’activisme religieux :

De l’huile sur le feu. Entre majorité et opposition, l’église a fait son choix. Après que les anti-Kabila dans toutes leurs couleurs (RASSOP; mouvements citoyens, société civile) aient essayé, en vain, toutes les démarches pour mener à l’alternance démocratique, c’est bien le tour des confessions religieuses. De l’activisme « civil » à l’activisme « religieux »; ne serait-ce pas une voie vers la solution ?

Les hommes de Dieu (évêques et pasteurs) vexés par « la mauvaise foi » du pouvoir manifestent leur dégoût. Désormais ils ne loupent pas l’occasion d’exprimer leur engagement aux coté du peuple chaque fois que les yeux et les oreilles se tendent vers eux. C’est, sans nul doute leur nouvelle stratégie. Ils estiment qu’il est temps que le pouvoir soit rendu au souverain premier, le peuple, pour qu’il se choisisse d’autres représentants pour le bien de tous.

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La premiere version de l’Article collectif est apparue sur le blog de Jean Fraterne.

 

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La Touche Donald Trump dans l’exploitation minière dans l’Est de la RDC.

Par Junior Sikabwe et Blaise Ndola

C’est depuis le 31 janvier que la nouvelle administration américaine de Donald Trump a annoncée la suspension de la section 15-02 de la loi Dodd Frank, cette loi du nom du sénateur qui l’avait initié, a été adoptée par Barack Obama en juillet 2010. Elle visait à empêcher le commerce de minerais de zones de conflits dans l’Est du Congo. Cette loi a occasionné la fermeture de nombreuses entreprises minières congolaise avec tout ce que cela comporte pour les négociants et exploitants artisanaux et sur la situation socio-économique de la population.

Mine d'OR en Ituri, RDC

 

La loi Dodd Frank aussi appelée loi Obama par les exploitants miniers congolais avait été initiée dans les soucis d’éviter à ce que les revenus de ressources naturelles de l’est de la RDC n’alimentent les conflits dans cette région meurtrie par des guerres à répétions et/ou les bandes armées règnent en maitre depuis des décennies.

Cette législation obligeait donc les entreprises américaines cotées en bourse de déclarer si elles utilisent de la tantalite, de la cassitérite, du tungstène, de l’étain et/ou de l’or, que ces minerais ne proviennent pas de zones rouges de l’Est de la RDC tel que Walikale.

Huit pour cent seulement de conflits en RDC sont liés aux ressources naturelles

Quatre ans après la mise en vigueur de la loi, en septembre 2014, 70 experts (chercheurs et académiques) avaient dans une lettre ouverte critiquer les conséquences de la loi Dodd Frank par rapport aux conflits dans l’Est de la RDC. Pour ces experts les dispositions légales de cette loi n’avaient pas apporté des changements tel que souhaité par le législateur. Selon Séverine Autesserre, professeur de Science politique au Barnard College et d’autres experts de l’ONU, seulement 8% de conflits dans l’Est de la RDC avaient rapport aux ressources naturelles.

Un manque à gagner pour les exploitants artisanaux, et effets sur le sociale de la population.

Exploitants artisanaux des minerais en RDC. Photo CNCD.BE

Entre 8 et 10 millions de personnes au Nord et Sud-Kivu vivent directement ou indirectement de l’exploitation de ressources minières dans l’Est de la RDC. Aujourd’hui les exploitants artisanaux dans les sites miniers de Walikale vivent de seulement 1,5 $ de revenu journalier, et cela, dans les pires conditions de travail et sanitaires. Ces exploitants ont vu leurs revenues réduites depuis qu’est entré en vigueur la loi Dodd Frank.

Ben Bradley, un chercheur et réalisateur d’un documentaire sur les conséquences de la loi, s’inquiétait sur les effets de la loi dans l’Est de la RDC, se demandant s’elle n’arrangeait bien que ceux qui vivent à de milliers de kilomètres d’Afrique, allant jusqu’à dire « les mineurs congolais payent pour la bonne conscience des occidentaux ».

Les négociants miniers congolais pour la suppression de la loi

La loi Dodd Frank a pour certains observateurs diminuée l’entreprise de vente de minerais par les groupes armés, même s’il est difficile de prouver que l’exploitation est la cause de viols et autres atrocités dans l’Est de la RDC. Il n’est pas facile d’établir le rapport entre recrudescences de conflits dans cette sous-région et exploitation minière. « Les minerais du Nord Kivu n’alimentent pas les conflits armés. A Beni, on tue les gens tous les jours, est-ce qu’il y a de minerais à Beni ? Il revient au gouvernement de mettre fin à la guerre et pas d’appauvrir la population par des telles lois» affirme Sadoc Kitsa, président de l’association de négociants miniers du Nord-Kivu.

Avec la suppression de la section 15-02 de la loi Dodd Frank, nous espérons voir une redynamisation de l’exploitation minière dans l’Est de la RDC, ce qui aura un impact positif sur l’amélioration des conditions socio-économiques de la population du Nord Kivu.

Blaise Ndola et Junior Sikabwe

La version premiere de l’article a été publiée sur HabariRDC.net (https://habarirdc.net/donald-trump-lexploitation-miniere-lest-de-rdc/)