Rencontre avec des enfants « Pères ».

Un enfant père pret d'une pirogue. credit photo: Blaise Ndola

Un enfant père prêt d’une pirogue. crédit photo: Blaise Ndola

Le chômage devenu monnaie courante dans mon pays la République Démocratique du Congo, certains parents ne sont plus en mesure de répondre aux besoins élémentaires de leurs enfants. Des plus en plus des enfants ne vont plus à l’école et d’autres quittent leurs familles à « la recherche de la vie ». Ainsi, la rue peut désormais avoir des enfants. C’est sont ces enfants que j’appel ici des « enfants pères » car ils font ce que feraient leurs pères, en difficultés pour certains. Je suis partis à la rencontre de ces combattants.

@Blaisendola

Ce phénomène est rependu dans plusieurs pays africains, et mon pays ne fait pas exception. Durant mon séjour à Bukavu, dans la province du sud-kivu , je me décide de briser le silence et en parler. Pour ça, je m’arrête un instant, je constate sur la route un nombre si important des véhicules des services publics congolais, ONG locales et internationales avec la protection et l’éducation de l’enfant comme leur cheval de bataille. Cependant, je suis désolé de constater que les enfants non encadrés sont toujours aussi nombreux sur les rues où passent ces mêmes véhicules. Il fallait alors approcher certains de ces enfants pour savoir comment ils se sont transformés en pères avant l’âge.

Sur ma route je croise Pascal, un jeune garçon âgé de 12 ans. Bientôt une année qu’il travaille comme vendeur ambulant des beignets et des galettes pour des particuliers. Il doit donc faire le tour des 3 communes de la ville avec son petit bassin à la tète pour écouler sa marchandise. Pour un total de 7 jours, seule la recette du 7ème jour lui est rendue en totalité comme salaire. En moyenne, il peut recevoir 10 000 Francs Congolais (légèrement plus de 10$ USD) par semaine. Avec ça, il peut se payer des habits, et économiser un peu d’argent pour espérer revenir un jour à l’école et poursuivre ses rêves. Il affirme avoir quitté son village de Kabare vers le nord de la ville avec beaucoup d’autres enfants en âge d’école, mais sans moyens financiers pour y aller et tous maintenant entrain de travailler dans la ville.

Marché de Mashinji au sud Kivu à Bukavu. credit photo: Blaise Ndola

Marché de Mashinji au sud-Kivu à Bukavu. crédit photo: Blaise Ndola

Au courant de la même journée, je me décide de visiter un autre endroit et voir ce qui s’y passe. C’est ainsi, que je me retrouve dans un marché des fretins appelé « mashinji » qui veut dire « quai ». Un grand marché qui sert aussi de quai pour les pirogues en provenance de l’île d’idjwi avec à bord fretins, ananas, sombé et d’autres produits des champs à vendre au dit marché. Le sol rouge et argileux, mélangé aux eaux des ruisseaux qui se déversent dans le lac produisent une boue extraordinaire servant de tapis du marché. Ici, le phénomène « enfants pères » est aussi bien présent. Le nombre important des enfants moins de 18 ans, à bord des petites pirogues de pêches et d’autres sur le sol est important. Ils sont entrain de marchander avec des clients adultes le prix de fretins qu’ils ont pu ramasser ci-et-là dans les pirogues. Tous ces enfants ont leur place ailleurs, mais ils sont contraints d’être là pour la plupart.

Je ne sais pas trop qui blâmer car il y aussi de ses parents irresponsables qui envoient leurs enfants indirectement sur la rue. Une chose sûr et certaine est que ces enfants non éduqués, mais dont j’admire le courage, constituent une bombe à retardement pour le Congo. Il est temps de cesser de voir cette réalité en face sans agir. Du reste, le coté résilient des enfants africains m’apprend beaucoup.

Blaise Ndola, Storyteller

Bujumbura: Au marché de Kinindo, les enfants se débrouillent comme ils peuvent

Des enfants qui exercent des petits commerce au sein du marche de Kinindo a Bujumbura

Des enfants qui exercent des petits commerce au sein du marche de Kinindo a Bujumbura

A Bujumbura, le marché de Kinindo se trouve dans le quartier du même nom. Un marché mouvementé par des allers et retours de clients et commerçants mais avec une particularité : une présence massive des enfants dans les allers et dans les stands.

J’ai fait un tour du marché en milieu de la journée en observant les catégories des personnes qui s’y trouvaient. Je constate qu’il y avait un flux important d’enfants au sein du marché en ce moment où ils sont supposés être à l’école ou en train de se préparer pour y aller.

La survie ou la mort ? Ils ont choisi de survivre eux.

La plus part de ces enfants faisaient des petits commerces seuls. D’autres accompagnés des commerçants adultes. Lisant sur les visages de ces enfants, j’ai pu remarquer deux signes : certains semblaient être heureux et d’autres pas.

Un enfant au teint noir, élancé, avec un pantalon bleu et un bassin des crêpes à la main sur un croisement de deux ruelles. Il me dit : « Moi je suis orphelin, si je ne travaille pas, je mourrai de famine ». Un autre. Taille moyenne, t-shirt kaki. Son histoire ? Orphelin de père et de mère, obligé d’arrêter les études faute des moyens financiers. Il décide de travailler pour survivre. Il me dit qu’il y a aussi d’autres enfants qui quittent le village et viennent se débrouiller en ville.

Un autre plutôt m’a impressionné. Yeux bleu, chemise mauve et courte taille avec environ 15ans avec un bassin contenant des beignets sur la tête. Son histoire ? Il quitte l’école à 11 ans. La raison? Il n’arrivait pas à avoir la moyenne des notes à la fin de l’année. Il décide alors de se lancer dans la vie active.

Un enfant mendiant au milieu du marche de kinindo

Un enfant mendiant au milieu du marche de kinindo

Une autre catégorie d’enfants était des mendiants.  Ils étaient assis sur des croisements des ruelles du marché pour demander de l’argent aux passants. Ils avaient un ère misérable et une attitude de désespoir. Sans souliers pour la plus part, habits sales, peau très fonce. Voilà à quoi ressemblaient ces enfants.

Tous les enfants ont droit à l’éducation. Mais lorsque celle-ci n’est pas assurer, ils font tout pour survivre d’une  ou d’une manière ou d’une autre. L’un d’eux me dira : « donne-moi de l’argent et je vais aller à l’école ».  La fréquence des enfants travailleurs dans ce marché est un élément très remarquable pour tout observateur averti.

Blaise Ndola